La qualité de l’air dans nos intérieurs est un sujet à ne jamais négliger. Pourtant, la qualité de l’air intérieur est souvent reléguée au second plan, dissimulée derrière les choix esthétiques ou techniques d’une rénovation. Et si l’on regardait les choses autrement ? Derrière chaque matériau, chaque volume repensé, il y a un souffle à préserver. Celui qui circule, qui se renouvelle, qui nous accompagne au quotidien sans jamais se faire remarquer… jusqu’au jour où il devient inconfortable.

Dans un projet de rénovation intérieure, penser l’air, c’est intégrer une dimension invisible mais essentielle, qui relie bien-être, santé et pérennité du bâti. Une approche qui mérite toute notre attention.

Alors à défaut d’aller respirer le grand air au Bhoutan, au Spitzberg ou en Islande, préoccupons-nous sérieusement de notre air intérieur !

Pourquoi la qualité de l’air intérieur est un enjeu majeur

Dans nos intérieurs, l’air est loin d’être neutre. Il concentre une multitude de polluants invisibles :

  • polluants biologiques : bactéries, virus, toxines, moisissures, acariens…
  • polluants chimiques : COV (composés organiques volatils) issus des peintures, colles, mobiliers, solvants, bougies, moquettes, fumée de tabac…
  • gaz : monoxyde de carbone, lié aux systèmes de chauffage tels qu’insert, cheminée, chaudière, cuisson au gaz…
  • particules fines : fibres, poussières, pollens qui constituent des matières en suspension dans l’air et peuvent inclure des pollens, des fibres (chanvre, sisal, amiante, laine de verre…)

Ce mélange, discret mais constant, altère progressivement notre confort créant parfois des irritations, de la fatigue, des allergies… ou parfois des pathologies plus lourdes.

« Selon l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur, les Français perdent en moyenne 9 mois d’espérance de vie à cause de l’air pollué dans leurs maisons, jusqu’à 13 mois dans les pays les plus pollués selon l’OMS. »

Dans une rénovation, ignorer cet aspect revient à sublimer un lieu… sans en préserver l’essentiel.

Aérer et ventiler : les fondamentaux d’un air sain

Une approche technique indispensable

Assurer une bonne ventilation intérieure est une base incontournable. D’un point de vue technique, le but est en effet d’extraire l’air humide et/ou vicié pour le remplacer par un air neuf afin d’éviter notamment la condensation, mais également de se débarrasser des odeurs et autres polluants. Pour ce faire, il faut donc faire entrer de l’air neuf et permettre la circulation d’air et son évacuation.

Concrètement en :

  • intégrant une VMC simple flux ou double flux adaptée au bâti
  • prévoyant des entrées d’air naturelles,comme par exemple sur les menuiseries et ce en fonction du système de ventilation installé
  • favorisant des fenêtres ouvrantes
  • permettant la circulation de l’air (détalonnage des portes)

Mais la technique seule ne suffit pas. Elle demande rigueur et cohérence globale, notamment lors d’une rénovation d’une maison ancienne ou d’un appartement ancien où chaque contrainte structurelle compte.

Car attention il ne suffit pas uniquement de mettre les principes en œuvre, mais également de :

  • veiller au bon fonctionnement, au nettoyage et à la maintenance des systèmes de ventilations
  • bien situer les grilles pour favoriser la bonne circulation de l’air
  • vérifier la cohérence entre le système de chauffage en place et la ventilation

Une logique de vie à adopter

L’air se travaille aussi au quotidien, en aérant :

  • au bon moment : le matinpour éviter les pics de pollution si vous êtes en ville, la nuit lorsque l’été est là pour rafraîchir l’atmosphère, au moment de faire le ménage, de cuisiner, de sécher le linge, de bricoler…
  • le temps nécessaire : il faut privilégier d’ouvrir 10 à 15 minutes plusieurs fois par jour plutôt qu’une seule fois longtemps. La durée restant difficile à définir dans la mesure où cela peut grandement varier en fonction de la température extérieure, des saisons et même d’une région à une autre.
  • de la bonne façon : en privilégiant le courant d’airentre les différentes pièces pour permettre un renouvellement rapide.

Ce sont des gestes simples, mais essentiels, qui prolongent intelligemment les choix techniques.

Rénovation : penser l’air dès la conception

C’est ici que mon rôle prend tout son sens.

Dans un projet de rénovation en Île-de-France, la qualité de l’air ne se traite pas après coup. Elle s’anticipe, dès les premières esquisses.

Cela implique :

  • une réflexion sur les flux d’air dans l’espace
  • une coordination précise entre ventilation, chauffage et isolation
  • une attention portée aux sources de pollution dès leur origine

L’enjeu n’est pas seulement technique. Il est profondément lié à la manière d’habiter un lieu. À ce que l’on souhaite ressentir en y entrant.

Faut-il aérer en hiver ? Une fausse hésitation

C’est souvent là que tout se joue.

En hiver, on hésite. On conserve la chaleur… mais aussi l’humidité et les polluants. Résultat : condensation, moisissures, dégradation du bâti et inconfort latent.

Aérer reste indispensable, même par temps froid. Quelques minutes suffisent à renouveler l’air sans impacter durablement la température intérieure.

Attention donc lorsqu’il fait froid à ne pas colmater les entrées et sorties d’airs qui aident à réguler votre air neuf au même titre que l’acte d’aérer. Et inversement ne tombez pas dans l’excès inverse d’une hygrométrie trop basse provoquant sécheresse des muqueuse respiratoires, oculaires, cutanés…

Un intérieur bien pensé trouve cet équilibre subtil entre confort thermique et air sain. C’est une question de précision, pas de compromis.

Conclusion

Un intérieur réellement haut de gamme n’est pas seulement esthétique. Il est cohérent, respectueux et durable.

Penser la qualité de l’air intérieur, c’est accepter de travailler l’invisible avec autant d’exigence que le visible. Dans chaque projet, il y a cette intention : créer un espace qui respire et sain.

Vous projetez une rénovation ? Discutons ensemble de la santé de votre futur foyer.

 

Catherine Le Gall, architecte d'intérieur
Catherine Le Gall, Architecte d’intérieur